REVUE D’ÉGYPTE ● PARTIE I

REVUE D’ÉGYPTE ● PARTIE I

Ambiance de lecture recommandée

The Sunrise de Eddie Fisher

La véritable excursion se trouve dans ce que les Egyptiens ont eu à dire de leur pays, plutôt que dans la contemplation fertile des vestiges du passé. Les témoignages des personnes qui m’ont fait don d’un bout de leur parole, de leur culture, de leur.s histoire.s. sont autant de points de vue que je souhaite retranscrire, que je partage ou non leurs opinions. Chaque semaine, découvrez une partie de cette Egypte. Voici la :

PARTIE I ● révolution, mariage et égalité des sexes

Nous sommes confortablement installés dans le hall de l’hôtel où je loge, le Continental à Hurgada. De son mètre quatre-vingt-dix, Hassan, peau hâlée, cheveux et yeux bruns, est plié en deux au-dessus de la table basse en verre. Il m’explique les différentes excursions à faire dans la région. La trentaine, il est guide égyptologue et représentant local de la société avec laquelle je voyage. Visite expresse du Caire, aller-retour intense à la vallée des rois, plongée sous-marine à Hurgada.

Amatrice d’égyptologie depuis l’enfance, mon envie première est d’aller admirer en vrai ce que j’ai palpé visuellement des documentaires : momies, pyramides et sphynx. J’opte pour les douze heures de bus en 24 h jusqu’à la capitale. Une fois les questions logistiques réglées, je profite de ce véritable premier tête-à-tête avec un Egyptien (je ne suis arrivée que hier après-midi) pour en apprendre davantage sur sa culture, plus que ce que les documents touristiques colorant sa pochette veulent bien me dévoiler.

Egyptologie : Sphinx, pyramides et vestiges de Gizeh

Pyramides et Sphynx de Gizeh, Gizeh

« Le bordel arabe »

« Le printemps arabe ça a été le bordel arabe. » Pour Hassan, la dénomination « printemps » a été actée par les Occidentaux* qui n’auraient aucune idée des conséquences désastreuses de ces révolutions . Il aime bien dire « qu’il faut laisser parler les faits ». Une dizaine d’année plus tard, « c’est le bordel au Yémen, en Syrie, en Libye, etc. ». Le président actuel (Abdel Fattah al-Sissi, depuis juin 2014), au lieu de laisser les islamistes s’immiscer dans la société les aurait repoussés. « L’armée s’est alliée à la population au lieu de se retourner contre elle. Le président actuel s’en sort très bien. La route bétonnée jusqu’au Caire, c’est lui. La nouvelle capitale du Caire, c’est lui. » De ce que me confie Hassan, le regard posé, cela donne l’impression que l’Egypte est un pays sûr, libre, un pays en paix.

Il semble presque ému de m’apprendre que sur les 100 million d’habitants 5% seraient des immigrés, dont beaucoup de réfugiés et de demandeurs d’asile, dégâts collatéraux du « bordel arabe » (Libyens, Syriens et Yéménites). « On les accueille et personne n’en parle. Personne ne dit qu’on est une terre d’accueil alors que la France fait tout pour repousser les étrangers. »

Concernant l’économie, mon guide prend pour exemple le prix d’un téléphone : « en Suisse, tu le payes 1 000 CHF. 1 000 LE c’est l’équivalent de 50 CHF. Le problème c’est que pour ce genre d’appareil, on paye le même prix que le marché global ». A mêmes opportunités technologiques, le capitalisme creuse les inégalités, ce qui n’est pas une grande nouvelle. En Europe, c’est déjà trop cher, las-bàs, complètement inadapté.

Homme assis sur un chargement à l'arrière d'une camionnette de déménagement.

Vie à l’égyptienne, Le Caire

« Ma femme, je l’aime »

« Ma femme, je l’aime, pas comme l’amour dont on parle (en Occident) mais en tout cas, je la respecte. C’est elle qui m’a donné mes quatre enfants. Il n’y a qu’elle que j’ai touchée et il n’y a que vers elle que je regarde. »  Je lui ai partagé l’angoisse de mes proches quant au fait que je sois partie seule en Egypte, de l’anxiété généralisée qu’il y a à laisser partir une femme toute seule dans un pays arabe, qui plus est, de culture religieuse principale musulmane. Pour lui, ces angoisses ne sont que des fantasmes. Il me rassure en me disant que je peux très bien aller toute seule dans Hurghada lorsque je lui évoque mon désir de m’évader hors du complexe touristique.

« Porter le voile c’est d’abord une question de respect de Dieu, ce, dans toutes les religions. » Hassan me fait remarquer qu’on regarde toujours les femmes mais jamais les hommes. Si on fait bien attention, « les hommes égyptiens sont également couverts » continue Hassan, me montrant sa chemise et son pantalon. L’image de nos bonnes soeurs et abbatiales couvertes de la tête aux pieds me vient en tête. Pour lui, les vêtements cachent les corps car ils appartiennent à la personne avec qui on partage sa vie, aussi bien qu’ils les dévoilent. « Avec mes vêtements, on sait que je suis un homme et que j’aime les femmes parce que je suis un vrai homme et toi, avec tes vêtements, on sait que tu es une femme et que tu aimes les hommes, parce que tu es une femme. »

Croisière sur le Nil : Homme égyptien en djellaba bleu-gris, sur le pont du bateau.

Croisière sur le Nil : homme égyptien, Le Caire

« Vous parlez d’égalité »

Hassan me raconte l’histoire d’une femme qui a voulu lui offrir une BMW pour le faire venir en France. « Elle était très belle, une Française de souche. Elle m’aimait vraiment bien. » Il aurait été tenté mais il n’est jamais allé voir d’autres femmes que la sienne, « grâce à la religion ». Il est fidèle à Allah*, se dit droit et honnête grâce à Allah, « comme tout le monde ici, comparé à l’Occident avec les sites de rencontres et l’infidélité ». Pour lui, les Européens n’auraient plus aucune notion de l’engagement. Ils seraient les composants défectueux d’une société égoïste, individualiste et matérialiste. Il respecte le fait que les femmes semblent plus libérées sexuellement, même si sa critique se porte sur l’ensemble de la société, femmes et hommes compris. Le respect de l’islam n’est pas qu’une question dogmatique pour lui. Il en va surtout de la pérennité des traditions qui permettraient de garder « un équilibre spirituel, psychologique et social ».

Hassan ne comprend pas qu’en France, où l’égalité est inscrite à l’article premier de la Constitution, les femmes ne soient pas les égales socio-économiques des hommes. « En Egypte, une femme qui fait des études de médecine est payée pareil qu’un médecin homme. » Il a également soulevé la question du harcèlement sexuel dans le métro. Il a l’air de porter un réel dégoût envers l’objectivisation de la femme. Quand je lui explique qu’en France, les femmes sont moins bien payées car elles peuvent, entre autre, potentiellement tomber enceinte, il balait l’argument d’un revers de la main en disant que cela « n’est qu’un prétexte pour justifier les inégalités ». En Occident, on en oublierait les valeurs fondamentales de l’être humain. « Vous parlez d’égalité alors qu’en réalité elle n’existe pas chez vous »

LEXIQUE : *Occident : ici, désigne les pays européens / *Allah : signifie « Dieu » en arabe

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