L’esprit d’aventure

L’esprit d’aventure

Ambiance de lecture recommandée

Envie D’Aventure de Lokua KANZA

Quelque part dans les limbes du destin, se cachent les mystères de l’évolution. Il y a cent ans à peine, il était encore inconcevable de sortir de son pays sans quelques détours administratifs et diplomatiques longs et fastidieux. Voyager était réservé à une élite financièrement confortable, du moins, socialement suffisamment bien placée pour pouvoir vagabonder au-delà des frontières territoriales.

Depuis, le tourisme est un business accessible à qui le veut, à qui fera le mieux. Une abondance de photos partagées sur le web, notion futuriste inimaginable quelques siècles auparavant, témoignent de coins paradisiaques perdus, désormais trouvés par le monde entier. Des plages quasi intouchables, l’incontournable y a apposé son tampon. Sur les passeports, les pays se collectionnent tels des paninis. On échange une bonne adresse contre une bonne adresse et ainsi se parachève l’incessant trading des bonnes adresses overbookées par des clients de plus en plus insatisfaisants – et insatisfaits.

Les pays se collectionnent tels des paninis

Du monde on voudrait tout voir, du moins en a-t-on l’impression. Imprimer des billets d’avion comme on photocopie une lettre de motivation, acheter des souvenirs comme on oublie de s’en créer, se mettre en scène devant des monuments sans même les regarder. Tout le monde veut sa part du gâteau, authentique, unique, « typique du coin ». Au final, ce qui faisait la poésie des bourgades inconnues est dénaturé par la popularité acquise. Le paradoxe du charme de la rareté : ébloui par ce qu’on ne vit pas chez soi, on s’empresse de le partager aux autres pour qu’eux aussi y soient. L’économie locale n’en dépâlie pas, les commerces cessent de paresser, les agences de vacances épinglent le lieu-dit dans leurs parcours sur-mesure et voilà qu’en quelques années, un espace qui, jusqu’alors, avait échappé aux regards boulimiques des vautours du selfie, deviennent incontournables. Pourtant, certains lieux sur Terre devraient être contournés, laissés en pâtures à nos imaginations, hors d’atteinte, des #hasseen (j’ai vu).

Imprimer des billets d’avion comme on photocopie une lettre de motivation

Dieu du voyage merci, il nous reste encore quelques sommets inatteignables, forêts enfouies, espaces inimaginables et rêves inaccomplis. Aux rapides du tour du monde, je vous enjoins, à nous les mous du genou, de nous laisser quelques découvertes et moments inouïs. Quoique qu’ayant chacune et chacun nos perceptions du monde, au final le voyage n’est peut-être pas devenu aussi barbant que je le décris. Quid de ce moment de paresse philosophique, l’esprit d’aventure se perd ! Là où il aurait fallu des crans et du cran, des ponts ont ouverts la voie, des voix remplissent des lieux où le vide est censé faire la loi, des milliers de visiteurs se précipitent à travers le monde parce que rester chez soi est devenu #hasbeen (démmodé).

Les « nouveaux aventuriers », sont des vedettes, les découvertes des shows télévisés, les expéditions douteuses hautement financées. Où est l’aventure dans cette étendue monstre de choix ? À quel moment peut-on encore trépigner d’impatience d’aller vers l’inconnu quand la brochure publicitaire a déjà tout vendu ? Les carnets de voyages sont en vente au même titre que les magazines de mots-croisés, comme si fouler le globe de ses pas était un acte banal. Rendre les frontières accessibles oui, mais pas à n’importe quel prix. Globaliser la démarche du voyage n’est pas forcément synonyme d’ouverture d’esprit. En preuve, les complexes hôteliers, les circuits balisés où le confort du voyageur prime sur l’expérience – désormais marchandée – de l’authenticité. Les menus bilingues, les guides locaux internationalisés pour plaire aux étrangers. Des pyramides de Gizeh au somment du Kilimandjaro, résonnent les échos du tour du monde imaginé par Walt pour le Disney de Marne-La-Vallée.

Où est l’aventure dans cette étendue monstre de choix ?

Tandis que les grandes vacances sont l’occasion de décoller aux quatre coins du globe, j’ai décidé que cette année je prendrai mon ticket pour rester. Puisque tout le monde sera occupé à photographier les merveilles du monde, je prendrai le temps de me reposer, de partir à la découverte du monde qui m’entoure déjà, de m’émerveiller de ce qu’il y a autour de chez moi. Ou alors, je camperai des heures devant Paris-Bercy, pour voir des artistes coréens ; une aventure urbaine qui parait bien plus excitante que de poser en modèle devant la Tour Eiffel avec des hordes de touristes dans un lointain devenu trop voisin

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